Selamat Hari Raya ! Tous au village pour fêter la fin du ramadan !

Jeudi 29 Juin 2017,

Dans mon Surau, je me lève samedi dernier à 5h45 avec la premières prière du matin. En ce dernier jour de ramadan, les camionneurs et autres voyageurs font la pause pour prier. Je les accompagne avant de retourner me coucher. La nuit a été courte et pas très confortable, mais je m’étais préparé à l’idée qu’une situation pareille pouvait arriver. Ça me rappelle une autre mésaventure d’auto-stop en Bosnie il y a deux ans. J’avais dû frapper à la porte d’une mosquée d’un petit village près de la frontière Serbe pour y passer la nuit. Au final l’imam m’avait accueilli chez lui où j’ai été reçu comme un invité de marque. Les lieux de cultes sont souvent des refuges pour auto-stoppeurs lorsqu’ils sont coincés au milieu de nulle part. J’en ai rencontré certains qui avaient vécu des expériences similaires, tantôt dans des pagodes, des églises ou des mosquées.

La petite salle de prière dans laquelle j’ai passé la nuit

Au matin, je dois rejoindre Nid, une couchsurfeuse qui m’accueille dans sa grande famille pour trois jours à Alor Gajah, un petit village près de Malacca. Ils sont sept frères et sœurs entre 16 et 27 ans et tous m’accueillent comme un des leurs. Le père de famille, Mohamed Azam, ou Aya (terme adopté par respect pour le patriarche de la famille) prépare le Lemang, un plat traditionnel fait de riz et de lait de coco cuit au feu de bois dans des tiges de bambou. La maison est en ébullition en ce dernier jour de ramadan et tout le monde prépare L’Aid El Fitr, ou Hari Raya comme on l’appelle ici, la fête qui marque la fin du ramadan. La voiture est passée au lavage, les habits traditionnels nettoyés et repassés, la vaisselle astiquée… tout doit être parfait pour le jour J !

Préparation du Lemang

L’ambiance est exceptionnelle dans cette famille qui se taquine à longueur de journée. Comme tête de liste : Aya, le père de famille, toujours prêt à blaguer ou charrier un de ses fils. Je ne suis pas épargné et prends beaucoup de plaisir à rendre les coups. Finalement, il naît une véritable complicité avec cette famille et je me sens ici comme à la maison !

Le jour J est enfin arrivé, c’est Hari Raya ! Pour moi ça marque la fin d’un des ramadans les plus difficiles que j’ai eu à faire. Dès le début du voyage, j’ai décidé de ne pas laisser le jeûne affecter mon programme. Du trekking à Sapa aux journées intenses de stop, j’ai laissé quelques kilos sur la route mais je suis content d’avoir réussi à profiter au maximum de mon voyage. Ce ramadan à été très particulier parce que pendant les 25 premiers jours, je n’ai pas croisé un seul musulman qui jeunait. Les vietnamiens aussi ne savent en général pas grand chose sur l’Islam. Il me fallait leur expliquer à chaque fois pourquoi je ne pouvais pas manger ou boire « même juste un petit peu ». J’ai aussi dû réadapter mes habitudes alimentaires. En temps normal, c’est un véritable festin qui m’attend sur la table à l’heure de rompre le jeûne. Pendant le voyage, le menu était plus modeste et dépendait de ce que je trouvais aux endroits où j’étais.

Le réveil a lieu à 7h du matin. Toute la famille est tirée à quatre épingles pour l’occasion. J’ai droit à un baju melayu, l’habit traditionnel malais prêté par un des frères de la famille. Direction d’abord la mosquée pour la prière de l’aid. Ici, on peut deviner chaque famille par leur baju melayu assortis de la même couleur. En boucle sur les radios locales, s’enchainent les chants traditionnels malais invitant à « Bali Kampung » (retourner au village) pour célébrer l’Aid en famille.

Suite à ça débute la tournée des maisons des oncles et tantes. La politesse est de manger à chaque foyer visité. Je découvre que la famille de Nid est exceptionnellement grande (elle a plus de 20 oncles et tantes du coté de ses deux parents) ! La journée s’apparente donc à un marathon et se finit tard dans la nuit. A chaque maison, je peux découvrir une nouvelle spécialité. Je rencontre aussi les différents oncles, tantes, et cousins qui me posent tous des questions sur mon voyage. J’en apprends aussi sur eux et sur leurs modes de vie. Les discussions tournent autours de tout et n’importe quoi… la politique, la religion, le foot, la nourriture, la famille, le mariage…

 

Une réception dans une des maisons familiales

Le lendemain, je profite de mon dernier jour ici pour visiter le centre de Malacca, ville historique du pays pour en avoir été un des principaux ports. Les colonies portugaises, hollandaises et britaniques s’y sont succédées et ont toutes laissées leur empreintes. Après la visite des principaux monuments, je m’attaque à la célèbre Jonker Street. Cette rue est réputée pour accueillir la meilleure gastronomie du pays. Je ne suis pas déçu : c’est délicieux, accessible et tellement varié qu’on ne s’en lasse pas. C’est donc la panse pleine et le sourire aux lèvres que je retourne chez Nid pour ma dernière nuit à Alor Gajah avant de rejoindre Kuala Lumpur (KL).

Une rue dans Malacca

Le Cendol, une glace locale au durian (fruit exotique populaire en Asie du Sud) et au lait de coco

Une dernière photo avant de prendre la route !

Le retour à KL se fera en stop. Nid me dépose à la station service la plus proche de chez elle où je trouve rapidement une voiture. C’est d’abord un monsieur assez original qui me prend dans sa voiture pour une cinquantaine de kilomètres. La soixantaine, chemises à fleurs et lunettes de soleil, Il a pour idole le président turque Erdogan et prône la fin prochaine de toutes les civilisations non musulmanes. Face à un argumentaire aussi farfelu et basé sur l’argument « j’ai vu une vidéo sur Youtube qui disait ça », je ne sais pas comment réagir et un dilemme s’impose. Dois-je essayer de pousser le débat au risque de contrarier mon conducteur ou écouter patiemment en attendant la fin. Dans ce cas là, j’opte pour la deuxième solution et compte les kilomètres qui me séparent de KL.

Night Market de Kuala Lumpur

Photo portrait d’un malaisien d’origine indienne, rencontré à la sortie de mon auberge

J’arrive à KL sans encombres où je reste deux jours. Ici, pas grand chose : « Just another big city » comme j’entends souvent à l’auberge. Une autre grande ville asiatique avec ses touristes et les attrapes touristes qui vont avec. KL contient un nombre impressionnant de malls et on peut presque traverser la ville de bout en bout sans voir la lumière du jour. Par contre une attraction me laisse bouche bée : Les tours jumelles Petronas. Ces tours ont été jusqu’en 2004 les tours les plus hautes du monde. Leurs architecture futuriste est imposante une fois à leurs pieds. Avant de m’envoler pour l’île de Bornéo, je ne peux m’empêcher de prendre une dernière photo trompe l’oeil, avec la réussite qui me suit depuis le début de mon voyage…