Vietnam, suite et fin : À la découverte du Sud du pays !

Vendredi 16 Juin 2017,

J’arrive à Saigon (Ho Chi Minh Ville), la semaine dernière. Me voilà dans le sud du Vietnam. On perd un peu d’humidité pour gagner des degrés sur le mercure. La mousson frappe fort Saigon à cette période. Le ciel passe du bleu au gris en quelques minutes et c’est une pluie torrentielle qui s’abat sur la ville. Les averses durent en générale une heure ou deux et j’aurai droit à ce scénario quasiment tous les jours.

Ici je suis logé chez Detete, un vietnamien que j’ai rencontré grâce à Couchsurfing. Il a la quarantaine et gère une boutique en ligne de produits français. Je loge donc dans sa maison familiale où il s’occupe de sa mère vieillissante. J’ai le luxe d’avoir une chambre pour moi tout seul, ce qui est rare lorsqu’on loge chez l’habitant. Généralement j’essaye de me faire petit, de faire en sorte que mes affaires ne prennent pas beaucoup de place, mais la je peux enfin avoir un peu d’intimité.

Detete habite un quartier à trente minutes en transports du centre ville de Saigon, suffisamment pour être loin de la cohue des touristes qui envahit la « backpackers area ». Le quartier de Detete bout dans tous les sens. Le marché est tout ce qu’il y a de plus authentique, on y trouve des street-food pour une bouchée de pain, et en plus c’est délicieux ! Je me sens privilégié d’être le seul touriste dans ce quartier. J’apprends tellement plus sur le pays ici que via n’importe quel tour touristique. Ces derniers ne montrent malheureusement qu’une façade de ce pays magnifique. Moi ce que je veux, c’est rentrer dans la maison et vivre avec ses habitants.

La guerre c’est sale…

Une visite qui restera marquante est le musée des vestiges de la guerre. Les images sont poignantes et vous serrent la gorge. On y découvre tout ce que l’espèce humaine a de pire à offrir : massacres, torture, utilisation d’armes chimiques, du napalm et j’en passe… La guerre c’est sale ! Le pire reste quand même l’utilisation de l’agent orange par les américains, gaz chimiques provocant des malformations, et dont les dégâts sont encore visibles aujourd’hui… Le musée ne montre cependant qu’une seule facette de la guerre. Detete m’explique que tout cela est à relativiser car des atrocités ont été commises par les deux camps…

Ici, je dois retourner à l’hôpital pour un premier check médical et pour changer mon plâtre qui tombe en ruine. Pas question de subir à nouveau l’hôpital public, j’appelle mon assurance qui me conseille l’hôpital privé franco-vietnamien. Le contraste est à la hauteur des disparités du pays. C’est propre et plutôt luxueux, les salles de consultations sont modernes, et les médecins parlent anglais. Après un nouveau scanner, le médecin me rassure et m’annonce que j’en ai encore pour 4 semaines d’immobilisation. En changeant mon plâtre, il découvre le papier toilette qui servait à protéger ma peau… Il fait une drôle de tête et s’excuse pour ses confrères…

C’est donc avec une nouveau plâtre, canon et flambant neuf que je prends la direction du delta du Mékong. Je vais d’abord à Cai Be, un village qui m’a été conseillé par Detete pour son authenticité. Je ne suis pas déçu. Il y a très peu de touristes et les locaux sont d’une gentillesse à toute épreuve. Les deux jours ici me permettent de me reposer un peu de ces dernières semaines riches en intensité.

Après ça, direction Can Tho, principale ville du delta du Mékong. Cette ville abrite aussi le plus grand marché flottant de la région. Je suis logé chez Nghi dans son charmant café. L’endroit est décoré avec beaucoup de goût et est tellement douillet que j’ai du mal m’y extirper. Gabor, son conjoint, un hongrois qui vit à Saigon, est aussi là pour quelques jours. Je suis très bien accueilli et je me lie vite d’amitié avec eux. Les moments passés avec Nghi et Gabor sont simples et précieux. J’apprends que les deux sont des auto-stoppeurs aguerris, et en échangeant avec eux je me convainc de plus en plus d’une chose : Je peux reprendre le stop !

Le dernier soir pour remercier mes hôtes, je leur prépare un plat marocain pour la rupture du jeûne. Ils me posent pleins de questions sur le ramadan et sur ma religion. Je suis heureux et fier d’expliquer mes coutumes aux des personnes que je rencontre. Beaucoup (trop) de personnes ici ne savent pas ce que c’est l’Islam et parmi ceux qui savent ce que c’est, beaucoup l’associent au terrorisme. Une fois, une personne ne m’a pas cru lorsque je lui ai dit que j’étais musulman car elle pensait que tous les musulmans faisaient partie de Daech…

Je fais aussi la rencontre de Nikki qui propose de me faire visiter sa ville. Elle me fait découvrir les endroits importants pour les habitants de Can Tho, mais aussi ses lieux préférés, où trouver un bon street food… Encore une fois je découvre la ville loin des sentiers battus, avec ses marchés locaux et ses spécialités culinaires.

Visite du marché flottant

Ce matin lever à 5 heure du matin pour visiter le marché flottant avant qu’ils soit envahi par les touristes. Je veux éviter les tours touristiques et vais directement sur les rives du marché. Là-bas je rencontre un local qui propose de me faire visiter le marché sur sa barque pour 4 euros, soit plus de trois fois moins cher que la plupart des tours. Historiquement, les agriculteurs de la région venaient au marché flottant en barques traditionnelles pour vendre leurs marchandises. Les différents canaux du delta permettant de desservir toute la région, c’était le moyen de transport privilégié. Ce marché a perdu de son ampleur au fil du temps mais reste assez important. C’est impressionnant de voir qu’il est toujours en vie malgré le développement des infrastructures terrestres. Il faut dire aussi qu’avec sa popularité croissante auprès des touristes, beaucoup de stand flottants se sont adaptés pour répondre à cette nouvelle demande.

L’idée de reprendre le stop a murie, et avec mon bras droit totalement remis, je me sens prêt à lever le pouce de nouveau pour rejoindre Saigon ! Par contre il faut que je prenne plus de précautions. Pas question cette fois de marcher plusieurs kilomètres pour trouver une sortie d’autoroute ou rejoindre une ville depuis une station de péage. Je décide de faire du stop principalement dans des stations services ou des lieux où les voitures s’arrêtent d’elles mêmes. Ça a aussi l’avantage d’être plus sécurisant. Je peux sélectionner les voitures que je vais voir et donc choisir mon conducteur plutôt que l’inverse. Je peux aussi plus facilement dire non si le trajet ne me convient pas et insiste sur le fait d’être déposé dans la ville ou au niveau d’une station service.

Nghi propose de me déposer au début de l’autoroute près d’un endroit où les camionneurs s’arrêtent déjeuner. Après quelques minutes, un camion s’arrête et accepte de me déposer à Saigon ! Me revoilà sur les routes ! Je sentais qu’il me manquait un petit brin de folie ces dernières semaines, mais là, l’aventure peut reprendre ! J’ai l’impression que plus rien maintenant ne m’empêchera de continuer ce voyage comme je l’avais longtemps imaginé. Dans le camion il fait chaud, humide et ça sent un mélange de gasoil et de bouffe fermentée … mais pour moi tout ça n’a pas d’importance ! Elle me plait cette odeur. C’est celle de mon retour sur les routes, celle de la liberté que j’ai retrouvée.

 

Mardi 20 Avril 2017,

Je suis dans l’avion pour la Malaisie et il est temps pour moi de clôturer cette folle aventure Vietnamienne.

J’arrive vendredi dans l’après-midi après 5 heures de stop. Cette fois, Couchsurfing a été moins clément avec moi et je me retrouve à l’auberge en plein centre du backpackers area. Je me dis que c’est aussi l’occasion d’aller à la découverte du tourisme de masse au Vietnam !

« Hey brother ! Cocoaïne? Marijuana? »

Autant le dire tout de suite, j’ai été dégouté. Direction Bui Vien, surnommée Backpackers Street. Vous vous attendez à une charmante compagnie de voyageurs avide de découvrir le monde et en quête de libert… Bullshit ! J’ai droit à un concentré de tout ce que le tourisme de masse a de plus dégoutant à offrir. La prostitution à peine dissimulée par des salons de massages est à tous les coins de rues et j’ai droit toutes les cinq minutes à un charmant « Hey brother ! Cocoaïne? Marijuana? ». Des enfants de même pas cinq ans côtoient ces prostituées et ces dealers jusqu’au petit matin pour vous vendre des paquets de cigarettes ou de chewing-gum. En observant un peu plus longuement ces enfants, je me rend compte que leurs parents ne sont jamais très loin et que leur technique pour vendre toujours plus est à gerber. En gros ils envoient les enfants vers un groupe de touristes. Ils vont les prendre dans leurs bras, leur faire plein de bisous et jouer avec eux avant de sortir leur marchandises les yeux tout ronds… C’est révoltant de voir ce que peut faire la misère et l’ignorance…

J’essaye au maximum de fuir les quartiers touristiques. Je trouve que les interactions humaines y sont faussées. Ce n’est plus une relation d’homme à homme mais une relation de vendeur à client. J’ai souvent l’impression d’être vu ici comme un paquet de billets verts. Pour éviter ça, je préfère me perdre dans les rues de Saigon, découvrir des petites maisons en ruine ou de nouvelles échoppes. Dès que je sens que je suis dans une rue trop touristique, je prend la tangente, marche 500 mètres, et la magie opère de nouveau !

Saigon est aussi le point de chute de beaucoup de voyageurs faisant le Vietnam du Nord au Sud. C’est donc l’occasion de revoir un bon nombre des rencontres que j’ai pu me faire sur le chemin. On a un peu cette impression de faire partie de la même aventure. Je découvre aussi que je ne suis pas le seul à avoir eu un accident de moto. Comme quoi, on n’est jamais assez prévenus, c’est vraiment dangereux la moto au Vietnam… Malgré ça, si c’était à refaire, je referais pareil parce que les paysages sur les routes sont incroyables. Pareil ou presque … Je prendrais quand même quelques cours avant…

Plus de 40 ans après, la guerre est encore très présente dans les esprits des vietnamiens

Je passe ma dernière journée avec T, une vietnamienne que j’ai rencontré via une amie d’enfance. Grace à elle je comprends qu’il reste encore un peu de tensions entre le Nord et le Sud. Elle m’explique que beaucoup de personnes du Sud considèrent que le Vietnam a perdu la guerre contre le régime communiste. Ils voient le Sud du Vietnam comme étant occupé par le Nord. On sent que plus de 40 ans après, la guerre est encore très présente dans les esprits des vietnamiens.

Cette folle aventure vietnamienne se termine donc. Un mois durant lequel je suis passé par toutes mes émotions. Un mois où je suis allé à la découverte d’un peuple formidable et accueillant. Un mois durant lequel j’ai ri, pleuré, puis ri à nouveau. J’ai été époustouflé par ses paysages, passionné par son histoire, et tombé amoureux de ses habitants. Merci à ce pays qui m’a tant apporté !! Ou comme on dit ici : CAM ON !!