I Smile Around The World : Épilogue

Jeudi 31 Août 2017,

Depuis l’avion qui me ramène à la maison. Mon voyage touche à sa fin et m’aura réservé une ultime surprise, comme une cerise sur un gâteau déjà bien garni.

Je quitte Srinagar et le Cachemire pour une dernière et courte étape à Dharamsala, et plus particulièrement à McLeod Ganj, un petit village une quinzaine de kilomètres plus haut dans la montagne. McLeod Ganj est connu pour accueillir le gouvernement du Tibet en exil. C’est aussi la résidence principale du Dalaï Lama, « His Holiness » comme on l’appelle ici.

Encore une fois, le dépaysement est total dans ce petit village où les nuages bas semblent narguer les montagnes. L’exile des tibétains il y’a une soixantaine d’années a fait de cet endroit un lieu incontournable du bouddhisme tibétain. Ce n’est pas pour rien que McLeod Ganj est surnommé « Le petit Lhassa ». La lutte pour la cause tibétaine y est aussi très importante. Sur les murs, plusieurs affiches sont à la mémoire des moines disparus ces dernières années. Elle rappellent que les horreurs subies par ce peuple ne font pas totalement parti du passé.

La disparition la plus marquante est celle d’un enfant de six ans, emprisonné par le gouvernement chinois après avoir été nommé par le Dalaï Lama comme étant la résurrection du 10e Panchen Lama. Cette nomination le destinait à devenir le numéro deux du régime et une personnalité importante de la communauté tibétaine. Cet enfant a aujourd’hui vingt huit ans et n’a jamais été retrouvé depuis son enlèvement. Le Panchen Lama représente quasiment à lui seul l’étendue des injustices subies par ce peuple et qui sont complètement passés sous silence par la communauté internationale.

Les environs de Dharamsala prêtent aux randonnées et balades en montagnes. Je profite du climat frais pour visiter les environs ainsi que les différents temples et musées. Je ne me lasse pas non plus de la gastronomie locale, très différente du reste de l’Inde (et surtout beaucoup plus saine !). Parmi mes plats préférés : Les momos, des raviolis tibétains fourrés aux légumes ou à la pomme de terre et le thentuk, une délicieuse soupe de légumes et de nouilles plates.

Rencontre des plus surprenantes : Dans une cabane, un homme joue de sa guitare traditionnelle

Après deux jours à Dharamsala, je m’apprête à retourner à Delhi passer mes deux dernières journées avant de prendre mon vol. Ayant arrêté le stop depuis Srinagar, mon bus de nuit est réservé, mon sac à dos est prêt et m’attend à la consigne de l’auberge. Je vais en ville pour faire mes derniers achats avant de retourner à mon auberge : Dans une heure, je prends la direction de Delhi. Dans le tuc-tuc, j’engage la discussion avec la femme qui partage avec moi la course. Cette discussion aurait pu rester complètement anecdotique avant qu’elle me dise : « Tu vas pas à la conférence du Dalaï-lama demain? », « Quoi? Comment? Qui? Hein?!!! ». Oui il y a bien une conférence, ou plutôt un enseignement, qui va être donnée par le Dalaï-lama le lendemain et j’étais sur le point de passer complètement à côté !

J’annule tout mes plans de la journée et prolonge mon auberge d’une nuit ! Tant pis pour Delhi ! Assister à un enseignement du Dalaï-lama est une occasion unique qui ne se présentera peut-être plus ! Le bazar de Delhi attendra. Je cours vers le bureau tibétain avant qu’il ferme et obtiens le précieux sésame : un badge qui me permettra d’assister à la conférence le lendemain matin.

Il est cinq heure du matin lorsque je rejoins le temple principal de la ville où a lieu l’événement. J’y vais avec Charlie, un Néo-zélandais avec qui je partage le dortoir de mon auberge, lui aussi inscrit à la dernière minute. On passe un contrôle de sécurité digne d’un aéroport où téléphones portables et appareils photos sont interdit, heureusement j’ai un petit carnet qui me permettra d’immortaliser à ma façon ce moment. Le temple est déjà à moitié rempli trois heures avant le début de la conférence. Tout le monde veut avoir une place où il pourra voir « His Holiness ». On réussi à avoir une place convenable malgré le fait que la plupart des places aient été réservées aux moines et à une délégation de pays asiatiques.

Le Dalaï-lama, fini par faire son entrée. A 82ans, c’est un homme naturellement affaibli. Il se fait aider par des moines pour traverser le temple où il reçoit acclamations et prières par la foule. Malgré son état de santé, le Dalaï-lama dégage un charisme et une humilité fascinante. Ses sourires sont bienveillants, sincères et communicatifs. La conférence peut commencer. Celle-ci a lieu en tibétain mais est traduite en Anglais en direct sur une onde radio locale. Je la suis donc à l’aide d’une petite radio et regarde les images principalement grâce à la télé installée à quelques mètres de moi.

L’entrée du temple principal du Dalaï Lama : Les appareils photos et téléphones sont interdits pendant la conférence

Photo récupérée du site officiel du Dalaï Lama

Photo récupérée du site officiel du Dalaï Lama

La première partie de la conférence , qui dure une heure et demie, porte sur l’œuvre du Dalaï-lama. Il y dresse sa philosophie de vie et les principes de compassion et de paix qu’il défend principalement dans ses livres. Il y dresse aussi un point de vue intéressant sur les religions : elles ne font qu’utiliser différents outils pour apporter les mêmes messages de paix. Après une pause d’une dizaine de minutes, je réussis à me faufiler à un endroit où je peux suivre une partie de la conférence à une dizaine de mètres de « His Holiness ». Au delà de ces idées nobles, c’est l’homme qui m’impressionne. Le vieillard qui avait du mal à monter les marches du temple est complètement métamorphosé. Il est vif et donne la bonne énergie dans ses geste pour ponctuer ses paroles. Même si je ne comprends pas le tibétain, le ton de sa voix me suffit pour ressentir sa détermination et la vibration qui en émane. Le ton est un coup sérieux, un coup détendu accompagné d’un sourire malicieux. Il se permet aussi quelques blagues bien senties qui font sensation dans la salle.

« Do you prefer a stone face or a smiling one? » Dalaï Lama 

La deuxième partie de la conférence est un enseignement au sens propre. Le Dalaï-lama y explique certaines parties d’un écrit bouddhique. L’enseignement est complexe, et comme il l’avait prévenu au début, ceux qui n’ont pas de connaissance préalable du texte auraient du mal à comprendre la suite. J’essaye de suivre, mais le mauvais élève de philosophie que j’étais refait surface et je perds vite le fil…

A la suite de la conférence, je prends un bus de nuit : Direction Delhi, où je passerai ma dernière journée avant de prendre mon vol le soir. C’est sous un magnifique coucher du soleil soleil que je quitte la ville. Le spectacle est grandiose et ne peut que me rendre déjà nostalgique de mon voyage.

En arrivant à Delhi, je fais la connaissance de Georges, qui lui aussi a son vol ce soir après plusieurs mois de voyage. Nous retrouvons aussi Salil, un couchsurfer qui nous héberge dans sa colocation pour la journée. Après un master en management, Salil vit de sa passion pour la musique grâce à deux groupes qu’il a créé. Il nous invite le soir même à un de ces concerts. Ces deux rencontres sont à l’image de celles que j’ai pu faire au cours de ce voyage : enrichissantes, intenses, et inoubliables.

Un autre fait anecdotique qui, heureusement restera sans conséquences, est la perte de ma carte bancaire. Heureusement, ça se produit le dernier jour et je réussis à récupérer un peu d’argent grâce à des connaissances familiales. Ça me suffit pour boucler mes dernières courses et prendre un taxi pour l’aéroport.

Le Jamaa Masjid de Delhi

A Delhi, les aigles ont remplacés les pigeons…

Le fort rouge de Delhi

Dans l’avion pour Casablanca, l’avion viens de passer la Tunisie et vole maintenant au dessus de l’Algérie. C’est un sentiment étrange de se sentir rentrer à la maison après plusieurs mois de voyages de l’autre côté de la planète. Pour être honnête, je suis content de rentrer, de retrouver ma famille et mes amis. Il faut dire que ces dernières semaines ont été extrêmement éprouvantes. Outre l’auto-stop qui est surement le plus difficile auquel j’ai eu affaire, j’ai beaucoup subi le manque d’hygiène dans ce pays. Les diarrhées à répétition ont eu raison de ma santé et entre ça et le ramadan, j’ai perdu une dizaine de kilos depuis le début de mon voyage. Je savais en partant que ce serait éprouvant, je n’avais juste pas mesuré à quel point.

Un avant après en photos : A gauche quelques jours avant le départ, à droite le dernier jour à Delhi

Pour être honnête, ces derniers jours, j’avais parfois l’impression de sous-apprécier certains moments qui me seraient parus magiques au début. Je pensais de plus en plus au retour et à retrouver ma famille et mes amis. Je sens aussi qu’il est temps de rentrer, de commencer de nouveaux projets et de mettre en application toutes les résolutions qui me semblent indispensables aujourd’hui. Plus que jamais, mon esprit n’a été plus clair sur ce que je veux pour moi, pour mon futur. Plus que jamais, je sais comment je veux vivre le reste de ma vie. A moi maintenant de réaliser ces nouveaux rêves.

Épilogue

Dans l’avion qui me mène à Paris, après quelques semaines passés au Maroc où j’ai pu redécouvrir les joies du confort et des tajines de maman.

Cet article, j’ai mis un peu de temps à l’écrire. Par envie de me reposer, certes, mais surtout par envie de me laisser le temps de faire le point, de réaliser tout ce qui s’était passé ces derniers mois et tout le processus que ça a engendré en moi.

« Ce voyage va te changer » Cette phrase j’ai dû l’entendre une centaine de fois. Je préfère dire que ce voyage m’a éclairé sur plusieurs points. J’ai pu y confirmer certaines certitudes que j’avais avant et en développer d’autres. Je me suis aussi remis en question sur d’autres certitudes, fait évoluer ma pensée. J’espère que ce n’est pas juste le voyage qui m’a changé, mais plutôt qu’il a fait parti d’un processus que j’ai choisi et qui fait de moi un homme plus serein.

« Alors ce dur retour à la réalité » ou « Le retour va te déprimer » : Des phrases qui me dépriment encore plus que le retour lui-même ! Alors non, aussi bizarre que cela puisse paraître, je suis content de rentrer. Je suis content parce que de nouveaux défis m’attendent et je suis excité à l’idée de les relever. Je suis content de retrouver ma vie d’ici avec de nouvelles certitudes. Je resterai un optimiste, un utopiste : Le monde est beaucoup plus beau que ce qu’on voudrait nous faire croire.

Je suis content de rentrer parce qu’au delà de voir ce que je n’avais pas chez moi, j’ai aussi pu relativiser aussi sur ce que j’avais : Jamais je n’ai été autant aimé mon pays (le Maroc) qu’en voyageant ! Je me suis rendu compte d’avoir sous-apprécié mon pays pendant tant d’années alors qu’on dispose d’une des cultures les plus extraordinaires de cette planète. Je relativise aussi sur le pays où je vis depuis quelques années (la France), un pays où il fait bon vivre et qui me permet de m’épanouir et de grandir.

Parlons de ce journal. Ce journal que je me suis acharné à tenir à jour, et ça n’a pas toujours été facile. Ce journal a été mon refuge, mon confident. J’ai tenu à être le plus sincère possible et à y raconter les choses telles qu’elles se sont passées. Il n’a pas été facile pour moi d’ouvrir mon quotidien et mon intimité au public de la sorte, mais je suis content de l’avoir fait. Ce journal je l’ai écris à vous, mais aussi à moi. Je l’ai écris au moi d’aujourd’hui, mais aussi au moi de demain, au moi de dans vingt ans pour lui dire de rester fou, d’avoir faim d’expériences et surtout de garder ces valeurs que j’ai aujourd’hui et qui font de moi un homme heureux et serein.

A moi dans vingt ans,

Tu seras peut-être ingénieur, consultant, banquier ou que sais-je. Mais j’espère que tu auras pu réaliser les rêves du gamin que t’étais, les rêves que tu as nourri sur ces nombreuses banquettes de passager, sur ces bords d’autoroute à attendre une voiture, chez ces personnes qui t’ont hébergés. Dans vingt ans tu auras 43 ans. Si tu ne l’as pas déjà fait : Qu’est ce que tu attends mon pote !!!

Dans vingt ans, je sais que tu n’oublieras pas cette citation Gandhi qui a été ton leitmotiv : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Tu as pu t’initier à Calcutta, voir que le monde n’attend que des personnes pour l’aider et que tu continueras à verser ces précieuses goûtes dans l’océan. Dans vingt ans M. et N. auront trente et un et vingt-six ans. J’espère que tu auras été à la hauteur du défi que tu t’étais lancé et que cette promesse qui te tenait à coeur n’aura pas été vaine. J’espère qu’ils liront ce paragraphe avec toi et que vous parlerez du passé comme d’un temps révolu.

Dans vingt ans, j’espère que tu accorderas toujours la même confiance en l’humanité, que gardera toujours cet optimisme, que tu ne sombreras pas dans la facilité du scepticisme et de la peur de l’autre.

Dans vingt ans, je veux que tu gardes en toi cette folie. Cette folie qui t’a poussé à faire ce voyage en auto-stop, qui te pousse à aller vers les gens et à appréhender la vie avec légèreté.

Dans vingt ans, tu auras continué tes voyages, je te fais confiance pour ça ! Tu as pu vivre et profiter de l’hospitalité des personnes que tu as rencontrées. J’espère que tu continueras à rendre ça en prenant des auto-stoppeurs sur la route ou en accueillant des voyageurs en chemin.

J’espère que tu continueras à te remettre en question toi et le monde qui t’entoure. A garder un esprit critique sur l’actualité mais surtout sur tes actions et ta manière de vivre ta vie et prendre des choix.

L’aventure ne fait que commencer, la route est longue, on se retrouve dans vingt ans mon pote !

Remerciements

L’aventure touche aujourd’hui à sa fin et je voudrais conclure en remerciant toutes les personnes qui ont fait de ce voyage une des plus belles expériences de ma vie.

Je voudrais remercier ma maman, qui n’a pas toujours dormi sur ses deux oreilles et qui a toujours été là pour me soutenir. Je sais qu’elle a dû prendre énormément sur elle à des moments où elle n’était pas forcement d’accord avec ce que je faisais et ça j’en serais éternellement reconnaissant. Mon papa, qui m’a transmis le gène du voyage. Il m’a introduit à l’auto-stop et ses récits de voyages ont inspirés le mien. Merci d’être un modèle à suivre, il n’y en a pas de meilleurs. J’ai pu en rentrant voir la fierté dans vos yeux, et ça c’est la plus belle réussite de ce voyage.

Mes soeurs, qui ont toujours veillé sur leur petit frère et qui m’ont soutenu dans les bons comme dans les mauvais moments. A ma soeur Tita, qui m’a accompagné tout au long de cette aventure : elle a été la première à lire chacun de ces articles et à en corriger les petites (parfois grosses) fautes d’orthographes. Elle a été mon co-pilote dans l’élaboration de ce blog et tout au long de cette aventure.

À toutes les personnes qui m’ont hébergés : Vous avez rendu mon voyage incroyable et unique. J’ai découvert à votre contact que l’hospitalité était une valeur universelle. Vous m’avez ouvert vos portes et accueillis dans vos foyers. Je n’attends qu’une chose : Vous héberger en retour et vous inviter à découvrir mon chez moi !

A toutes ces personnes qui ont fait confiance à un inconnu sur le bord de la route. Sans vous mon voyage n’aurait pas eu la même saveur. Votre générosité m’a permis d’avancer et d’en découvrir plus sur votre vous. J’ai beaucoup plus appris à votre contact, sur le siège du passager que sur le siège de n’importe quelle classe d’école.

La petite bande de potos qui se reconnaitra. Celle qui m’a soutenu du début à la fin, qui a partagé mes articles et qui m’a offert cette GoPro qui a servi à alimenter ce blog en photos. Merci en particulier à Ghita et Nico qui m’ont corrigé mes articles quand ils avaient un petit moment.

Mon pote Kevin sans qui a apporté sa petite touche avec l’élaboration du logo. Ce logo que je trouve génial et qui apporte sa touche de fraicheur à ce blog.

Et pour finir : Merci à vous ! Merci à vous qui avez suivi cette aventure et qui m’avez encouragés pendant mon voyage. Merci à mes amis, ma famille, mais aussi aux inconnus ou aux vieilles connaissances qui ont suivi ce voyages et dont les messages ont été une incroyable source de motivation. A tous les petits messages venus de nulle part : Vous m’avez inspiré, et encouragé à poursuivre ce blog jusqu’au bout !