De Calcutta à Rishikesh : Sur la route de la spiritualité

Vendredi 11 Aout 2017,

« Tout bonheur en ce monde vient de l’ouverture aux autres; toute souffrance vient de l’enfermement en soi-même. » Bouddha

Un grand homme ce Bouddha, il avait le sens des mots. Dimanche 6 Aout, après avoir vécu une des plus belles expériences de mon voyage, Je me lance dans la traversée de l’Inde en auto-stop. J’ai conscience que ce ne sera pas facile, j’avoue que j’ai un peu peur et je ne sais trop à quoi m’attendre. Cependant je considère cette peur comme un de mes principaux atouts. Il faudrait être fou pour entamer la traversée de l’Inde en auto-stop sans être conscient des risques. Mais bon, je suis déterminé et me lance vers 9 heure du matin. Première surprise : Les voitures s’arrêtent facilement et je réussis à sortir de Calcutta sans trop de difficultés. C’est une des choses que je craignais le plus car sortir des grandes villes est souvent pénible et peut prendre parfois plusieurs heures. Je rejoins Santiniketan, 160km plus loin, pour une première escale.

Sur la route pour Santiniketan, la mousson fait des ravages

Santiniketan est une petite ville qui a été fondée par Rabindranath Tagore, écrivain et poète de la région, et lauréat du Prix Nobel de littérature. Tagore est une véritable institution ici, une sorte de Victor Hugo version Indienne. Santiniketan est aujourd’hui un immense campus universitaire. C’est aussi un haut lieu artistique où plusieurs musiciens, écrivains ou poètes se retrouvent pour y puiser leur inspiration. Je suis accueilli par Yunseo que j’ai rencontré grâce à Couchsurfing. Yunseo est une étudiante Sud-Coréenne venue faire ses études ici. Elle m’explique que la communauté des étudiants étrangers est assez importante, surtout dans les départements artistiques où l’université jouit d’une renommée mondiale. Cet esprit artistique est bien palpable : sur le campus je croise un atelier d’improvisation en plein air, un autre de théâtre, plusieurs musiciens… Après la pagaille urbaine de Calcutta, un peu de tranquillité me fait du bien.

Improvisation théâtrale en pleine cour

Bâtiment historique de l’université

Je dois vite repartir pour respecter mon programme. En effet, depuis quelques jours, je connais ma date de retour et si je souhaite aller jusqu’au Cachemire, je n’ai pas de temps à perdre. Direction Bodhgaya ! Ce trajet va s’avérer plus compliqué que prévu. J’entame ma journée à 8h du matin et j’ai 360 km à parcourir. Je me lance donc dans la chaotique auto-route qui relie Delhi aux villes de l’Est de l’Inde. Le terme auto-route a ici un sens complètement différent; ça ressemble plus à une vielle route cabossée où les véhicules doivent composer avec dos d’ânes et nids de poules. Le trafic est principalement composé de vieux camions colorés d’une autre époque. C’est ici que je ressens l’incroyable densité de population de ce pays. Pas un kilomètre de parcouru sans voir une personne sur la route. Les villages s’enchainent et la vie semble s’organiser autour de cette auto-route et de ces camions transportant fer, charbon, ou hydrocarbures d’un état de l’Inde à un autre.

C’est donc principalement des camionneurs qui acceptent de m’embarquer. Si j’arrive assez facilement à les arrêter, ceux-ci vont rarement très loin et je mets plus d’une dizaine de véhicules pour effectuer les cinquante premiers kilomètres. Pour me faire comprendre, j’ai préparé un document traduit sur lequel j’explique ma démarche que je montre aux conducteurs. Ce document m’est d’une grande aide et facilite énormément la compréhension avec les conducteurs. Parmi les rencontres originales, je rencontre un haut dignitaire du parti Marxiste indien qui est aussi le frère de son secrétaire général. Pour la petite histoire, ce parti est le parti communiste qui est resté le plus longtemps au pouvoir de façon démocratique (33 ans dans l’état du Bengal). Aussi, je me fais aider par des policiers deux fois pour trouver un véhicule. Je suis même un peu gêné lorsqu’un policier fait subir un contrôle complet à une voiture que je viens d’arrêter pour être sûr que je suis entre de bonnes mains.

Un policier m’aidant à arrêter les camions

Mon document traduit est mon meilleur outil pour me faire comprendre

Une autre difficulté ici cette masse de personnes qui s’attroupe autour de moi dès qu’ils me voient. Parfois il sont plus d’une dizaine à me suivre et à me regarder comme si j’étais un extraterrestre. Le mot a traversé le temps et les continents : « selfie » ! J’en prends une vingtaine par jour avec ces indiens qui repartent tout contents d’avoir un souvenir avec le touriste de passage dans leur village. Mais tout ça me fait perdre un temps précieux : il est quasiment impossible d’arrêter une voiture entouré de vingt personnes et j’ai beau essayer de leur demander de me laisser seul, il est impossible de s’en débarrasser ! Entre le temps perdu à la sortie des villes et les camions dépassant rarement les 40km/h, je me retrouve à la tombée de la nuit dans une petite station de camionneurs à 110km de Bodhgaya. 11 heures de stop pour parcourir 250km… c’est un record de lenteur que je viens de battre ! L’auto-stop de nuit étant trop dangereux, je décide de passer la nuit dans la petite station. La personne s’occupant de l’épicerie/restaurant me propose de me garder mon sac pendant que je m’installe sur un banc. C’est donc une nuit à la belle étoile que je passe avec pour compagnon le ciel, la lune… et les moustiques.

Mon campement de fortune pour la nuit

Je me lève ce Mardi 8 Août à 5h30 du matin après avoir passé une des nuits les plus difficiles de ce voyage. Je fais mon sac et m’empresse de trouver un véhicule pour Bodhgaya. Je mets moins de dix minutes pour trouver un camion qui me déposera directement à destination. Je me dis que ces petites péripéties sont le prix à payer pour découvrir le vrai visage de l’Inde, loin des rabatteurs dans les villes qui ne voient dans le touriste qu’un distributeur de billets sur pattes. L’hospitalité est ici incroyable et chaque conducteur et je ne peux refuser la bonne dizaine de tasses de thé qu’on m’offre par jour. Au bord de ces magnifiques rizières du Jarkhand et du Bihar, je découvre un pays au visage cosmopolite où Hindous, Musulmans et Sikhs partagent cette auto-route du charbon en parfaite harmonie.

Sur la route, je peux admirer les rizières du Jarkhand

J’arrive finalement à Bodhgaya où je suis hébergé chez Ansar que j’ai rencontré via couchsurfing. Ansar a quitté Calcutta pour Bodhgaya où il y mène une vie plus paisible avec sa femme et son fils. Très sympathique et accueillant, il me montre les bon coins à visiter dans sa ville. Bodhgaya est la Mecque des Bouddhiste et il y règne une ambiance très particulière avec tous les pèlerins venus voir le lieu où Bouddha a reçu son illumination. Près du temple principal, plusieurs moines méditent autour de l’arbre millénaire de Bouddha. La mousson et ses pluies torrentielles ne semblent pas déconcentrer les moines, imperturbables.

Ansar, mon hôte à Bodhgaya

L’art du cadrage : Mon petit budget ne me permet pas d’engager de photographe professionnel, je dois me contenter des personnes de passages, pas toujours à l’aise pour cadrer les photos…

Le lendemain : direction Varanasi ! Le trajet est sans encombres me voilà dans la capitale de la spiritualité Hindou. Je reste ici deux jours afin de bien profiter de ce lieu spécial. Je retiendrai principalement la ferveur des hindous sur les ghats aux bords du Gange et le rapport spécial qu’ils ont avec la mort. Mourir à Varanasi permettrait de rompre avec le cycle des réincarnations et permettre à l’âme de monter au ciel. Plusieurs vieillards sont déposés sur les bords du Gange où ils y attendent leurs heures. Les cérémonies de crémations se font à longueur de journée dans la sérénité. Le fils ainé s’occupe généralement du bucher. Pas de pleurs, cela empêcherai l’âme de monter au ciel.

Bains dans les ghats de Varanasi

Cérémonie du Puja

Si Varanasi est la capitale de la spiritualité hindou, elle est aussi celle des rabatteurs qui vous harcèlent à longueur de journée. Ils rendent l’expérience de la ville pénible et il est difficile d’en faire abstraction. Pour les éviter, je me lève au lever du soleil pour profiter pleinement de la ville à son réveil. Seules les vaches sacrées se promènent dans les rues vides. Mais c’est au bord du Gange qu’il faut aller pour voir les ghats déjà animées de cérémonies et de bains sacrés.

Une vache sacrée de Varanasi

Cérémonie au lever du soleil

Sur cette ghat, les crémations ont lieu 24h/24

Mercredi 16 Août 2017,

C’est le karma lavé par l’eau du Gange et béni par une prêtresse pour une dizaine de roupies que je me lance vers Agra. Les routes indiennes sont longues et j’ai l’impression qu’un kilomètre parcouru en Inde en vaut trois dans le reste du monde. Je dois m’arrêter à Kanpur sur le chemin pour la nuit, une ville-fourmilière sans charme qui donne l’impression d’avoir subit des bombardements. Pour couronner le tout, les hôtels ici ne disposent pas de permis pour accueillir des étrangers et je mets finalement trois heures avant de trouver un hôtel miteux qui m’accepte pour 600 roupies (8 euros). Je me disais bien qu’une bénédiction à dix roupies c’est du pipeau, la prochaine fois je serai moins radin.

Les routes sont longues, ici je profite de la banquette arrière du camion pour me reposer un peu

Les déjeuners sur la route sont basiques, mais tellement bons !

J’arrive à Agra en début d’après-midi juste à temps pour visiter le fort rouge et l’admirer au coucher du soleil. Cet édifice impressionnant fait de pierre rouge fut la principale résidence de la dynastie Moghol. Du haut du fort je le vois pour la première fois, comme s’il sortait d’un de mes rêves. Le Taj Mahal est là, majestueux. J’ai l’impression qu’il m’attend. Le rendez-vous est pris pour le lendemain au lever du soleil.

Je me lève à 5h du matin. Pour rien au monde je ne veux rater le lever du soleil sur le Taj Mahal. La septième merveille du monde tient toutes ses promesses. Symétrie parfaite, architecture éblouissante, rien n’est laissé au hasard dans ce joyau créé par l’homme. Encore un endroit qui me faisait rêver quand j’étais enfant que j’ai la chance de visiter. Je profite de ce moment pour méditer un peu sur mon voyage et repenser à tous ces endroits qui m’ont coupé le souffle. À 9h, les touristes ont déjà pris d’assaut le lieu et il est temps pour moi de continuer mon chemin, direction Haridwar.

Le Taj Mahal avant d’être envahi par les hordes de touristes

Le stop entre Agra et Haridwar s’avère plutôt technique. Il faut que je contourne Delhi pour ne pas me retrouver coincé dans ses embouteillages. La chance est avec moi ce jour là et j’arrive à Haridwar peu avant le coucher du soleil. Cette ville est une des villes saintes de l’hindouisme. Moins touristique que Varanasi, elle permet de mieux apprécier la ferveur des hindous pour leur fleuve tant vénéré.

Un petit coup de pouce et me voilà à Rishikesh. Cette ville est souvent désignée comme étant la capitale mondiale du yoga et de la méditation. Depuis que les Beatles s’y sont arrêtés pour une retraite de méditation, la ville a commencé a attirer de plus en plus de touristes et de bobos occidentaux en quête de spiritualité. L’esprit qui y règne est reposante et me permet de faire une cure de repos et de méditation : comme quoi moi aussi je suis un bobo occidental en quête de spiritualité…

Malheureusement, la fatigue des jours passés et la malbouffe accumulée ces derniers jours ont raison de moi et me forcent à rester au lit. Je repousse mon départ de Rishikesh d’un, puis de deux jours après avoir passé une sale nuit avec pour seul compagnon la cuvette des toilettes de l’auberge. Entre ça et le retard accumulé avec l’auto-stop, je perds trop de temps sur mon programme, mon vol retours étant dans quelques jours. Après plus de 1800km, je prends la décision de mettre entre parenthèses le stop pour la prochaine étape et de rejoindre Manali, petite ville au pied de l’himalaya, en bus de nuit. Pour la suite du voyage, je choisirai les étapes que je souhaite faire en stop en fonction de la beauté des paysages sur la route et de mon programme, déjà très serré !