À la découverte d’un nouveau monde : Bienvenue à Bornéo !

Dimanche 2 Juillet,

J’arrive jeudi soir à Kota Kinabalu au nord de l’île de Bornéo. J’ai longtemps rêvé de cet endroit sans réellement penser qu’un jour j’aurais la chance d’y poser les pieds. C’est donc mon sac sur le dos et les rêves pleins la tête que je me lance dans cette nouvelle aventure. Bornéo est la troisième plus grande île au monde. Elle fait plus une fois et demie la taille de la France et abrite une des biodiversités les plus riches de la planète. On peut notamment y observer des orangs-outans, des singes nasiques, des éléphants pygmée mais aussi certaines plantes carnivores ou la Rafflesia, symbole de l’île. Ceci n’est qu’un infime aperçu de la biodiversité à Bornéo et lister toutes les espèces de l’île me prendrait des heures.

A l’aéroport, je suis accueilli par Teck Peng, mon hôte pour la nuit. Une rencontre courte mais intéressante. TP travaille comme pharmacien auprès de la police dans la lutte contre les drogues dures. Un vrai problème ici malgré la sévérité de la législation du pays. En effet, la possession de plus de 15g de cannabis ou de toute autre drogue entraine la peine de mort en Malaisie…

Le lendemain, j’entame mon voyage en stop vers le fleuve de Kinabatangan à 7h du matin. Je sais que le trajet est long et je préfère prendre mes précautions. Les 300km de routes sont réputées difficiles et je comprends vite pourquoi. On traverse d’abord une zone montagneuse avec le Mont Kinabalu, plus haut sommet d’Asie du Sud-Est. Les routes sont sinueuses et le goudron dégradé. La première partie du voyage offre des paysages magnifiques. Certains conducteurs voyant que je suis le nez collé à la fenêtre font des petites pauses me permettant de mieux contempler ces panoramas.

La deuxième partie de la route est moins joyeuse. On s’enfonce dans les terres et ses milliers d’hectares de culture de palmiers. L’industrie de l’huile de palme est la principale source de revenue de la région. Ces champs géants ont rongé la jungle équatoriale jusqu’à n’en laisser qu’une infime partie aujourd’hui protégée. Il me faudra au final plus de 7 voitures et 8 heures de route pour arriver à destination. Le stop s’est avéré ici plutôt facile. Les gens ici s’arrêtent facilement et je n’ai jamais attendu plus de 15 minutes sur le bord de la route.

Plusieurs personnes me prennent dans leurs voitures ou viennent me demander ce que je fais sur le bord de la route

Des milliers d’hectares de forêt ravagés au profit de plantations d’huile de palme

Une des nombreuses raffineries de l’ile qui permet de transformer les fruits des palmiers en huile avant d’être envoyé à de grands groupes d’industrie agro-alimentaire

Je suis accueilli par Huzaifa à mon arrivée. Il sera mon hôte pour les deux prochains jours. Huzaifa fait partie de la communauté des Sunai, surnommés ici « hommes de la rivière ». Il est très impliqué dans sa communauté et enseigne à des enfants à jouer aux instruments de musiques traditionnels de sa tribu. À peine arrivé, il m’invite à aller à un « open-house », une fête organisée par un de ses amis pour célébrer Hari Raya. Il me dit qu’ici, on célèbre la fin du ramadan tous les jours pendant un mois après l’Aid. Le village se coordonne pour que chaque jour une maison organise un open-house. Je découvre donc de nouvelles spécialités locales, ça tombe bien je suis affamé après toute cette route !

Huzaifa me propose ensuite de rejoindre Stefano et Giacomo, deux italiens qu’il héberge aussi grâce couchsurfing, pour une découverte de la jungle. Le programme de deux jours inclut une nuit dans la jungle, deux balades en bateau sur le fleuve et deux treks (dont un de nuit) pour observer les différents animaux de la jungle. Cette formule est le genre de circuits touristiques que j’essaye au maximum d’éviter, mais pour passer une nuit dans la jungle je n’ose pas trop m’aventurer seul… Les circuits me permettent d’en apprendre plus sur la forêt et ses habitants : Gibons, orang-outans, singes nasiques, chats léopards, oiseau rhinoceros, une quantité innombrable d’insectes… C’est une véritable chance de pouvoir observer tous ces animaux dans leur habitat naturel ! La nuit se passe dans une cabane au milieu de la jungle. Ici, pas d’électricité et encore moins d’internet. Ça fait du bien d’être coupé du monde de temps en temps…

Attention ! Crocodiles !

Un singe nasique dans les branches

Par contre, une frustration m’obsède… le temps avance et je ne vois toujours pas de crocodile ni de d’éléphants pygmées… Avant d’entamer mon premier trek, Huzaifa me dit : « Tu ne choisis pas les animaux que tu vas voir. Si tu veux voir des animaux dans leurs habitat naturel, il faut accepter que certains ne se montrent pas ». Cette phrase est d’autant plus vraie que le groupe juste avant nous a croisé un de ces fameux crocodiles… J’accepte finalement mon sort : Je ne verrai pas ces animaux aujourd’hui. Peut-être veulent-ils que je leur rende visite un autre jour? Le rendez-vous est pris ! Je me suis rendu compte que j’appréhendais cette aventure comme un enfant qui visite un zoo, ces bêtes m’enseignent donc une vraie leçon d’humilité : Je suis chez eux, et non l’inverse.

Prêts à aller chasser le croco

Je rejoins Huzaifah le lendemain avec Stefano et Giacomo. Il nous prépare une surprise de taille : il veut nous faire découvrir la Gomatong Cave, une des principales grottes de la région réputée pour abriter une énorme population de chauves-souris. Pour y arriver, on doit traverser un parc naturel à pieds. À peine entrés dans le parc, on croise des red leaf monkeys, espèce rare vivant exclusivement sur l’île de Bornéo. Un peu plus loin, on croise de nouveau la route d’orang-outans ! Cette fois, on a la chance de les approcher de près … de trop près peut être … Une maman orang-outans qui porte son bébé attaque Stefano par instinct de protection. Heureusement pour lui, il échappe à la morsure qui lui aurait valu un séjour à l’hôpital. Ces bêtes ont dans leurs salive des bactéries non supportées par l’homme et qui peuvent entrainer de graves maladies.

Red leaf monkey

Orang-hutan signifie homme de la forêt en malais

Le Orang-outan, quelques secondes avant d’attaquer Stefano

A la suite de ça, on visite rapidement la grotte avant de se diriger vers la sortie secondaire, se situant en hauteur dans la montage. Un trek d’une heure est nécessaire pour rejoindre un point de vue qui permet d’observer un phénomènes des plus impressionnants. Peu avant le coucher du soleil, des centaines de milliers de chauves souris sortent de leur abris pour aller chasser. Le phénomène laisse sans voix, je ne peux encore une fois que contempler ce spectacle que seule la nature pouvait m’offrir. Quelques minutes plus tard, des aigles se joignent à la fête, venus chasser les chauves-souris : c’est juste magique !

Nous retournons tous les quatre chez Huzaifah la tête pleine de rêve après tout ce qu’on a pu voir aujourd’hui. Après une bonne nuit de sommeil, Huzaifah me raccompagne à une station service sur la route de Kota Kinabalu. Mon panneau à la main, j’observe un peu la station et les voitures avant de me lancer. Je vais voir un premier conducteur et lui demande où il va. Bingo ! Il va directement à Kota Kinabalu et accepte de m’y emmener ! C’est un vrai record pour moi ! J’ai attendu moins de 30 secondes pour un trajet de plus de 300km ! Je suis donc avec Houcine et Abu Bakr et Kota Kinabalu se rapproche. Par contre il pleut à torrent et on a perdu un peu de temps sur le route. Je comptais aller jusqu’à Brunei mais je ne me vois pas reprendre le stop si tard… je décide donc de m’arrêter à Kota Kinabalu et reprendre la route demain à la première heure.